Des mondes si secrets...
- editionsducommande
- 19 juin
- 4 min de lecture

Marie est née à Lille, dans le Nord, où elle a toujours vécu. Après des études aux Beaux-Arts dans les années 80, elle a travaillé comme dessinatrice à la MEL (Métropole Européenne Lilloise). D'abord au service architecture, pour les "Travaux Neufs", puis pour le métro de Lille (VAL), pour l'aménagement et le second œuvre des stations de la ligne 2, et enfin, aux Résidus Urbains.
Le dessin, mais aussi l'écriture, ont toujours fait partie intégrante de son quotidien. Bien que formée au dessin d’architecture, elle aime réaliser des aquarelles. C’est avec ce procédé qu'elle illustre ses albums jeunesse. Sa famille recomposée a occupé une grande place dans sa vie.
Il a fallu attendre la retraite, pour trouver le temps de s’adonner à ses passions : l’aquarelle, le dessin, et l’écriture.

A propos de "La Cicatrice"
(Nouvelle parue dans Un Château en Espagne - mai 2025)
Intrigue: Pablo, la quarantaine, rencontre Amaya. Après une nuit dans un hôtel de Sapporo, leurs vies prennent un tournant inattendu. Pourquoi cette cicatrice sur le ventre d’Amaya ? Que s’est-il passé à Madrid, vingt ans plus tôt ?
Thèmes principaux : Les secrets de famille, la quête des origines, l'adoption, le phénomène des hikikomori, la culture japonaise et la force du destin.
Marie et la poétique de la résilience
Marie nous ouvre son texte sur une citation de Christian Bobin : « Il n’y a pas d’autre consolation que la vérité ». L'œuvre démontre que le secret de famille est un poison qui détruit les couples et aliène les individus, tandis que la vérité reconstruit. La cicatrice que cherche à évoquer Marie est à la fois physique (la césarienne d'Amaya, le corps meurtri par le bizutage) et psychologique (le traumatisme de l'abandon, le malaise de Mateo, l'enfermement de Raphaël). La nouvelle tisse un pont permanent entre l'Espagne (Madrid/Barcelone) et le Japon (Sapporo/Tokyo), utilisant la richesse de la culture nipponne (les notions d'honneur, les kamons, la figure du samouraï, l'art du kendo) pour donner une dimension universelle et presque mythologique à cette quête identitaire.
La cicatrice est une œuvre d'une grande délicatesse qui revisite le thème traditionnel du secret de famille avec une modernité rafraîchissante. L'autrice jongle habilement avec des chapitres très courts. Ce découpage crée un effet de "page-turner" efficace : le lecteur passe d'une temporalité et d'un point de vue à un autre sans jamais perdre le fil, les indices s'emboîtant comme les pièces d'un puzzle. Le traitement du traumatisme (le viol par bizutage), du secret de l'adoption et surtout du phénomène des hikikomori (à travers le personnage de Raphaël) est d'une grande sensibilité. Marie Surrans évite le mélodrame pour se concentrer sur la reconstruction et la résilience. Le pont jeté entre l'Espagne et le Japon ne fait pas office de simple décor. L'autrice utilise la culture nipponne (le kendo, la symbolique des kamons, les festivals de glace) comme des métaphores directes des sentiments des personnages. La cicatrice physique, comparée à du braille, devient elle-même un langage textuel.
Ce qu'en pense le Commandeur: Marie réussit à nous captiver sur deux fronts : l'enquête presque policière pour retrouver l'enfant, et la quête identitaire intime d'un adolescent (Mateo) en quête de ses racines. Marie possède une plume fluide, sa structure narrative est parfaitement maîtrisée et la charge émotionnelle résonne longtemps après la lecture.
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A propos de "Nos souvenirs inconsolables"
(Nouvelle parue dans À Corps Perdus - juin 2026)
Intrigue: Hiver 54 – Une photo immortalise l’hiver rude et glacial. Derrière le cliché se cachent des évènements inoubliables. Des souvenirs douloureux que ce récit retrace sous forme d’un voyage au cœur des âmes et des liens familiaux. Chaque découverte recompose les fragments d’une histoire marquée par l’amour, la perte et le silence.
Thèmes principaux : Le poids du secret de famille et le carcan des convenances, le travail de mémoire face à l'oubli et au déni, le patriarcat et la tyrannie domestique, l'amour interdit et la résilience poétique, la mélancolie et la quête des origines.
La mémoire face à l'oubli
Avec toujours autant de délicatesse et de retenue, Marie décortique avec finesse la violence de la bourgeoisie provinciale des années 50/60, capable d'effacer littéralement des êtres vivants (une mère et son enfant) pour préserver les apparences. La nouvelle met en parallèle la mémoire artificielle des photographies, les ravages de la maladie d'Alzheimer (le père), le déni volontaire (la mère) et le travail de résilience de la narratrice. L'écriture de Marie s'appuie sur une forte dimension sensorielle (odeurs de renfermé, grincements de portes, playlists de The Cure ou Zaho de Sagazan) qui ancrent fortement l'enquête dans le réel et développent l'empathie du lecteur.
Marie nous emmène une fois de plus dans un récit poignant, dense, mené comme une enquête policière intime. La tension dramatique est parfaitement maîtrisée à travers le va-et-vient entre les époques.
Ce qu'en pense le Commandeur: Nos souvenirs inconsolables est une nouvelle d'une remarquable densité émotionnelle. C'est une œuvre touchante, mûre, qui maîtrise ses effets et sait cueillir le lecteur par la pudeur et la gravité de son propos. Un texte d'une grande qualité, d'une grande finesse psychologique et d'une maîtrise narrative remarquable. Marie n'écrit pas un rapport clinique sur un secret de famille ; elle l'ancre dans le réel à travers une richesse sensorielle affirmée. Le traitement des personnages évite le piège du manichéisme grossier, et les figures d'autorité sont dépeintes sans concession. Vous n’oublierez sûrement jamais le personnage de Marcel, centenaire et gardien poétique d'un amour brisé, qui apporte une immense bouffée d'humanité et de tendresse au milieu de la dureté de cette nouvelle.


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